Elodie PALFER-SOLLIER

RE-

🇫🇷 FR

Un jour, j’ai disparu des photos.
Cela s’est fait à mon insu, insidieusement, doucement, sans bruit ni résistance. Je me suis effacée, dissoute. J’ai perdu ma place. 
En passant derrière l’objectif, j’ai cessé d’exister dans le cadre.

RE- est un voyage initiatique et symbolique, une série photographique composée de 22 images : une photo unique et sept triptyques. Elle envisage la vie comme une succession de cycles concentriques — autant de REtours, de REpétitions, de RÉparations.

C’est un rite de passage, du lieu RE-source où je me suis dissoute jusqu’à la RE-vélation. C’est une expression du vivant pour RE-apparaître, RE-prendre ma place. Chaque cycle est un mouvement nécessaire, un va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur. Il possède son propre rythme, sa vibration singulière, sa musique, sa voix. 
Il ouvre une troisième voie.

https://elodiepalfersollier.myportfolio.com/accueil

🇬🇧 EN

One day, I disappeared from photographs.
It happened without my knowing, insidiously, gently, silently, without resistance. I faded away, dissolved. I lost my place.
By stepping behind the lens, I ceased to exist within the frame.

RE- is an initiatory and symbolic journey — a photographic series composed of 22 images: one singular photo and seven triptychs. It envisions life as a succession of concentric cycles — as many REturns, REpetitions, REpairs. It is a rite of passage, from the place of REsource where I dissolved, to the REvelation. It is an expression of the living, to REappear, to REclaim my place.
Each cycle is a necessary movement, a back-and-forth between inside and outside. It has its own rhythm, its unique vibration, its music, its voice. 

SCARTO

🇫🇷 FR

« Le monde est fait de la même étoffe que le corps. »
- Maurice Merleau-Ponty

Un jour, j’ai arrêté de vouloir faire de belles photos.
À Venise, sur un pont mythique, prête à reproduire la carte postale, je me suis arrêtée net.
Je ne m’y reconnaissais pas : trop beau, trop lisse, trop désincarné.

J’avais besoin de me confronter à autre chose.
À quelque chose de plus rugueux.

Alors je suis sortie au petit jour.
Quand la ville n’est pas encore maquillée.
Quand les sons émergent et que la lumière s’immisce.
Quand ce qui devrait être caché devient visible.
Avant qu’elle ne s’habille.

J’ai arpenté les ruelles, pris un train, un bateau.
Croisé des silhouettes, des éboueurs, des portes condamnées, des murs griffés, des reflets.

Scarto, en italien, signifie l’écart, la chute, ce qui est mis de côté.
Ce qui reste aussi.

Dans cette série, Venise, Milan, Vérone, Naples ne sont pas des décors.
Elles sont une matière sensible.
Une peau.
Une chair.

Les fissures, les échafaudages, les rebuts, les traces ne sont pas des anomalies.
Ils sont la structure même de ce qui tient et révèle.
Ils sont les marques du temps.

Ils portent une histoire.
Une mémoire qui persiste.
Un écho.

Regarder la ville, c’est entrer en corps à corps avec elle.
Sentir que ses failles répondent aux miennes.
Que le beau et le sale coexistent.
Que la fracture n’est pas destruction, mais ouverture.

Visible et invisible s’entrelacent.
Intérieur et extérieur se confondent.

La ville ne m’est pas extérieure.
Elle me constitue.
Elle me traverse.

Même les mots se heurtent aux images.
Ils se rompent et se lient.
Ils ne tiennent qu’à un trait.
Ils se déplacent, se transforment.
Ils font corps.

Scarto est cette expérience :
un déplacement du regard,
la rencontre charnelle des cicatrices du monde
qui éclairent mes angles morts.

Dans l’écart, quelque chose se transforme.
Une manière de voir et d’habiter.
Rien ne reste intact.


🇬🇧 EN

“The world is made of the same fabric as the body.”
- Maurice Merleau-Ponty

One day, I stopped trying to make beautiful photographs.
In Venice, on a mythical bridge, ready to reproduce the postcard image, I suddenly stopped.
I no longer recognized myself in it: too beautiful, too smooth, too disembodied.

I needed to confront something else.
Something rougher.

So I went out at dawn.
When the city is not yet made up.
When sounds begin to emerge and light slips in.
When what should remain hidden becomes visible.
Before it gets dressed.

I wandered through the alleys, took a train, a boat.
I encountered silhouettes, street sweepers, sealed doors, scratched walls, reflections.

Scarto, in Italian, means a gap, a discard, what is set aside.
What also remains.

In this series, Venice, Milan, Verona and Naples are not backdrops.
They are a living material.
A skin.
A flesh.

Cracks, scaffolding, discarded things, traces are not anomalies.
They are the very structure of what holds and reveals.
They are the marks of time.

They carry a story.
A memory that persists.
An echo.

To look at the city is to enter into a bodily encounter with it.
To feel that its fractures respond to my own.
That beauty and dirt coexist.
That fracture is not destruction, but an opening.

Visible and invisible intertwine.
Inside and outside blur.

The city is not external to me.
It constitutes me.
It runs through me.

Even words collide with images.
They break and bind.
They hang by a single thread.
They shift, transform.
They become a body.

Scarto is this experience:
a shift of perception,
the carnal encounter with the fractures of the world
that illuminate my blind spots.

In the gap, something transforms.
A way of seeing and inhabiting.
Nothing remains intact.