Dans ses tableaux abstraits récents, Yanieb Fabre s’aventure dans une peinture introspective, où la surface devient un champ de résonance émotionnelle. À travers crayons de couleur, pastel, graphite ou huile, elle creuse la matière avec lenteur, minutie, obsession. L’abstraction n’y est pas une fuite du réel, mais une manière d’approcher ce qui ne peut être dit autrement : une sensation, un vertige, un souvenir ou une douleur sourde.
Ce processus lent est aussi un chemin intérieur. Là où l’émotion semble figée, Fabre cherche un mouvement. Là où l’ombre s’installe, elle repère une faille, une trace, une ouverture. Le noir n’est jamais absolu : il est poreux, vibrant, habité il devient lumineux.
Loin d’un formalisme ou d’une recherche esthétique dogmatique, ses abstractions sont toujours incarnées. Yanieb Fabre y déploie un rapport physique au support : griffures, déchirures, gommages, superpositions, gestes lents et répétés jusqu’à l’épuisement. Le papier ou la toile devient surface de résistance, le lieu d’une temporalité longue, où chaque trace porte le poids d’un passage. Parfois, certaines œuvres sont soumises à des éléments extérieurs « mer, pluie, pierre » comme si l’artiste acceptait que la nature s’inscrive aussi dans sa matière. Peindre devient ici un acte vital, une façon de traverser ses propres ombres pour en extraire, parfois, une lumière inattendue.