Avec cette toile, Yanieb Fabre pousse son processus de création à l’extrême, acceptant le risque et l’inconnu. D’abord travaillée en atelier à l’huile, elle fut immergée dans la mer, lestée de galets, afin que les éléments naturels y inscrivent leurs empreintes. Mais cette œuvre a échappé au contrôle : arrachée aux poids par les courants, elle a disparu durant trois semaines, avant d’être retrouvée, abîmée mais intacte, échouée parmi les rochers.
Cette perte inattendue donne à l’œuvre une puissance singulière : les marques laissées par le sel, les frottements du sable, les aléas du ressac dessinent une surface presque lunaire, où les teintes rosées, les empreintes sombres et les craquelures se mêlent. De retour entre les mains de l’artiste, la toile a été retouchée sans effacer les traces du voyage, devenant le témoin silencieux du temps, de l’érosion, et du hasard. « Rescapée des vagues » incarne un abandon total aux forces naturelles, laissant émerger un paysage fragile, entre disparition et renaissance.