Yanieb Fabre explore la thématique du désir à travers le dessin, en choisissant un protocole aussi rigoureux qu’organique. Son travail prend la forme de séries : plus d’une centaine de carrés de papier calque, chacun mesurant 21 x 21 cm, entièrement noircis au graphite, recto verso.
Tout commence par le geste : La main frotte, insiste, revient. Elle touche, caresse, appuie. Le mouvement est répété jusqu’à l’épuisement de la surface. Ce geste obstiné, presque hypnotique, devient le véritable sujet de l’œuvre. Le désir n’est pas représenté frontalement ; il se suggère dans cette persistance, dans cette manière d’occuper l’espace jusqu’à le saturer.
- Noircir pour éprouver le vide.
- Remplir pour révéler ce qui échappe.
À force de passages, le graphite densifie la feuille, la charge d’une matière sombre et vibrante. Puis vient un second temps : les carrés sont froissés, pliés, parfois gravés. Le papier perd sa planéité, se cabosse, se tend, se contracte. Il quitte le territoire du dessin pour s’approcher de la sculpture.
Sous la lumière, ces surfaces prennent des reflets inattendus. Le calque, saturé de graphite, évoque alors une feuille métallique, fragile et lumineuse à la fois. Les plis accrochent les rayons, les ombres se creusent, des paysages apparaissent.
Ce travail, né d’un geste répétitif et presque obsessionnel, transforme la surface en volume, la densité en présence. Ce qui semblait n’être qu’un dessin devient matière, relief, espace.
Et dans cette transformation, c’est le mouvement même du désir qui affleure — discret, insistant, profondément humain.